Aux origines, le Hatha Yoga

Apprendre à contrôler son corps et son souffle sont les bases du Hatha Yoga. C’est ce courant du yoga assez accessible qui a facilité la diffusion de sa pratique en Occident. Est-ce une bonne chose ? Selon ses adeptes, l’idée de “bon” et de “mauvais” vient de l’ego. Et c’est justement ce dont on essaie de se libérer en pratiquant le Hatha Yoga.

Faites le test bien connu qui consiste à fermer les yeux et à poser un doigt sur le bout de votre nez. Trop difficile ? Alors vous êtes une de ces nombreuses personnes pour qui le corps, les sens et l’esprit sont complètement déconnectés. Vous savez que vous avez une jambe car vous la voyez, là, devant vous, mais vous ne la sentez pas réellement : est-elle détendue, raide, lourde ? C’est cette connexion entre le corps et l’esprit que cherche à développer le Hatha Yoga.

Il y a deux mille ans, le sage indien Patanjali décrivait dans les Yoga Sûtra les huit piliers du yoga, qui permettent de vivre une vie authentique. Le premier, yama, porte sur l’éthique ; le deuxième, niyama, sur l’autodiscipline. Les troisième et quatrième principes, asana et pranayama, forment la base du Hatha Yoga. Asana signifie posture et pranayama contrôle de la respiration.

Postures et respirations

Le Hatha yoga s’est développé sans véritable maître spirituel. C’est pour cette raison que cette discipline reste très ouverte et que chacun peut la pratiquer à sa façon. La première source avérée est le texte Hatha Yoga Pradipika, datant du xve siècle, qu’on nomme encore aujourd’hui la Bible du yoga. Le maître spirituel Swatmarama y décrit le chemin à suivre pour accéder au yoga “royal”, supérieur à tous les autres. Il y présente une série complète de postures et de respirations, toutes divisées en quatre temps :

  • Préparation: dans une position neutre et détendue, on essaie de se concentrer sur l’instant présent.
  • Prise de position: on adopte alors la posture de façon fluide et naturelle, sans forcer. La technique physique n’est pas importante, c’est surtout le ressenti qui importe en yoga.
  • Maintien de la posture: en prêtant attention à sa respiration, on maintient la position, les muscles restant actifs.
  • Observation: après s’être placé dans une position de repos, on réfléchit à la posture qu’on vient de prendre. Au fur et à mesure des séances, la posture devient plus familière, ce qui permet de mieux se concentrer dessus. Elle devient alors une position mentale autant que physique.

Le pranayama se divise lui aussi en quatre temps : inspiration, pause poumons remplis, expiration, pause poumons vides. Cet exercice est essentiel, car la plupart des gens respirent trop vite et trop superficiellement. En Hatha Yoga, on apprend à approfondir sa respiration, ce qui purifie et donne de l’énergie. Françoise Colombo, qui enseigne le Hatha Yoga depuis plus de 20 ans, explique : « La respiration agit sur les tensions et permet de contrôler le système nerveux autonome. Elle aide à relativiser ;  le physique vient à l’aide du mental. » Bien respirer facilite la pratique du yoga et en maximise les bienfaits.

Sport ou développement de la conscience ?

C’est à la fin de la Seconde Guerre mondiale que le Hatha yoga a fait son apparition en Occident. En France, c’est Félix Guyot, philosophe et journaliste féru d’hindouisme, qui ouvrit la première école de Hatha Yoga en 1945. Il écrivit de nombreux ouvrages sur le yoga qui sont désormais épuisés. La Fédération française de Hatha Yoga (FFHY) fut fondée en 1968 par Shri Mahesh Ghatradyal, champion de la course à pied indien qui obtint une bourse pour venir étudier à l’École Supérieure d’Éducation Physique de Joinville en 1942. Il fut accueilli dans la famille de Françoise Dolto et fit des démonstrations de yoga aux élèves de l’École Française d’Orthopédie et de Massage dont Boris Dolto, le mari de Françoise, était le directeur.

Depuis, 2 courants principaux se sont distingués : l’un mettant plutôt en avant l’aspect sportif et sain de la pratique, l’autre qui se concentre plutôt sur l’aspect spirituel. Désormais, de nombreux professeurs mêlent les deux approches car les postures nous aident à mieux nous connaître… ce qui nous permet d’être en meilleure santé. Aujourd’hui, la FFHY, qui a pour vocation de promouvoir le yoga dans son esprit traditionnel à travers l’étude et la pratique du yoga ainsi que la formation, réunit près de 600 professeurs et plus de 11 000 adhérents.

Lâcher prise sans laisser aller

Pour la professeure de yoga Suza

nne Beenackers, l’image du yoga a bien changé au fil des années : « Quand

j’étais enfant, ma mère m’obligeait à suivre des cours de yoga, mais je trouvais ça trop passif, trop sérieux. J’associais ça aux hippies, aux femmes enceintes. Ce n’est qu’à la fin des années 1990 que Madonna – une personne si douée et énergique – m’a montré que ce n’était pas seulement ça, le yoga. Entre-temps, j’avais fait beaucoup de course à pied, et mon corps n’allait pas bien. Je me suis mise au yoga, et je n’ai plus jamais touché à mes baskets. »

Selon Rob Obermeijer, professeur à Utrecht, certains mettent du temps à s’habituer à l’approche particulière du Hatha Yoga : « Dans notre culture, on trouve très importantes la réussite et la perfection. Pourtant, faire bien ou faire mal, ce n’est qu’une question d’ego, alors qu’en Hatha, on essaie justement de lâcher prise, de laisser faire les choses et de les accepter comme elles sont. On ne peut y arriver qu’avec son propre corps, ses propres forces. Si je me mettais à trop parler, à trop corriger, ce serait une source de distraction pour mes élèves. Et ce serait une façon de ramener l’attention vers moi, ce qui n’est pas du tout le but. » Ce que la professeur Françoise Colombo résume ainsi : « dans le yoga, on doit apprendre à lâcher prise mais sans laisser aller. »

Se sentir en harmonie

La différence entre les diverses formes de yoga s’est exacerbée ces dernières années : Iyengar, Bikram, Jivamukti, Vini, Ashtanga… Les uns sont plutôt sportifs, les autres plus spirituels, mais tous découlent du Hatha yoga. « Les modes vont et viennent, ce qui permet de ne pas se laisser aller à la routine. Le problème, c’est que ce sont souvent les effets secondaires du yoga qui sont mis en avant : une meilleure qualité de sommeil, un corps plus mince. Tout ça, c’est superficiel. Oui, on dort mieux lorsqu’on fait du yoga, mais c’est parce qu’on a une meilleure conscience de son corps et de son esprit. »

Pour Françoise Colombo, quels que soient le lieu et le style de yoga, le plus important est de se sentir en harmonie avec son professeur. Celui-ci va aider l’élève à vivre le yoga. Elle nous rappelle que le yoga est une quête et non une conquête.

Beenackers insiste elle aussi sur les deux aspects de la pratique du yoga : « Le Hatha permet d’atteindre une forme physique optimale, ce qui améliore la santé mentale. Le Hatha ne fait pas de nous des yogis, mais plutôt des sadhakas, c’est-à-dire des étudiants de la vie. »

Texte : Vrouwkje Tuinman
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