La fleur de l’âge

Le 1er octobre est la journée internationale des personnes âgées. Et ça tombe bien : jamais l'âge n'a empêché qui que ce soit de pratiquer le yoga !

Dans le film « Lucky » (2017), on voit le personnage principal (Harry Dean Stanton dans son dernier rôle au cinéma) réaliser la série de yoga des 5 Tibétains tous les matins. Pure fiction ? Eh non : l’acteur de 91 ans pratiquait réellement le yoga quotidiennement pour rester en forme. Et il n’était pas le seul. Jamais l’âge n’a empêché qui que ce soit de pratiquer le yoga. La preuve avec deux yoginis qui nous inspirent : Eva Ruchpaul et Tao Porchon-Lynch.

Pratique éternelle

« Chaque matin quand je me lève, je me dis que ce nouveau jour va être le plus beau de ma vie », confie Tao Porchon-Lynch. Née à Pondichéry, cette charmante New-yorkaise de 100 ans (oui, 100 ans !) figure au Guinness des records comme doyenne des professeurs de yoga. Entre deux concours de danse de salon, cette sémillante quasi-centenaire continue en effet à enseigner dans le monde entier. En souplesse, elle dispense les principes d’alignement que lui a transmis B.K.S. Iyengar alors qu’elle n’avait que 8 ans, et la puissance de la respiration dans les postures d’Ashtanga qu’elle tient de Pattabhi Jois. Son mantra : « Demain n’existe pas. Ne laissons pas l’âge nous dicter ce que nous pouvons faire ou pas. »

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Éva, la téméraire

Eva Ruchpaul n’a jamais pris de cours de yoga. Mais cela fait 50 ans qu’elle l’enseigne, officiant discrètement au premier étage d’un bel immeuble haussmanien de la rue de Rome à Paris : l’Institut Eva Ruchpaul, où nous l’avions rencontrée en 2017. À 89 ans (90 aujourd’hui), elle affichait un sourire éclatant et des yeux malicieux. Extraits.

Éva s’est donné ses propres cours de yoga, guidée par son mari hindou issu d’une famille de guérisseurs brahmanes. Il lui enseigne qu’elle doit faire un pacte d’alliance avec son instrument – son corps – et que l’« on ne domine rien ». Frappée par une poliomyélite à l’âge de 18 mois qui l’a laissée invalide à 85 %, elle a suivi de nombreuses rééducations avant de rencontrer ce kinésithérapeute indien qui deviendra son mari et l’accompagnera dans sa quête. Alors qu’un grand professeur lui assène « qu’elle ne peut pas être debout avec ce qu’il lui reste de vivant » à l’issue d’une onéreuse consultation, Éva demeure animée par une insatiable curiosité. Elle lit – Teilhard de Chardin, Aurobindo, Marguerite Yourcenar, Émile Durkheim… – et applique à sa propre vie le précepte qu’elle tire de ses lectures éclectiques : « Ils se sont servis des circonstances pour provoquer leur potentiel, ils ont arrêté de subir, ce n’est pas en combattant dehors, mais en aménageant dedans qu’ils ont pu agir. » C’est en lisant la Bhagavad-Gita qu’elle a forgé sa propre définition du yoga : « Le yoga, c’est l’habileté dans les actes, le quotidien, la manière dont tu tournes ta béchamel. On n’a pas besoin de mettre ses doigts de pied dans ses oreilles pour interroger son organisme, ou pour se demander : Comment te sens-tu aujourd’hui ? »

Eva Ruchpaul (à droite) et ses amies lors d’un voyage en Turquie dans les années 1970.

Ainsi, elle apprend le yoga à travers les livres, et comprend que « les techniques de yoga sont des nourritures d’énergie ». Elle se rend compte que lorsqu’elle réalise une posture et la tient, après un moment, elle sent son bras, « la vie lui est venue » ; mais quand elle fait dix fois le même mouvement, comme une gymnastique, son bras est fatigué, « la vie ne lui est pas venue ». « Rester dans une position sollicite l’intelligence du corps, ça circule, cérébralement aussi », explique-t-elle, puis elle ajoute en riant : « Les Indiens nous ont légué des postures, pas des gesticulures ! »

Avant de faire une séance de groupe à l’Institut Eva Ruchpaul, sa fondatrice préconise une leçon particulière. « Cela permet de percevoir ses propres rouages, de ne pas se conformer au groupe. » Chacun de nous est une « pièce unique malgré la mondialisation ! » Effet du yoga ? Nombreux sont les élèves dont la vie a été transformée… comme cette femme qui s’est mise au piano à 57 ans, et qui avant ses 67 ans est devenue concertiste et a passé son permis de conduire pour aller à ses concerts. « Le yoga ne transforme pas mais il peut donner du courage pour exercer un talent. On a tous des talents, plus ou moins grands, et un placard à talents, comme on a un placard à balais. Il révèle, il fait éclore. Si ces personnes ont fait du yoga, c’est qu’elles savaient quelque part qu’elles pouvaient trouver cet équilibre. Je suis très admirative de ce tropisme. Et cela n’a souvent rien à voir avec la motivation première qui a pu les faire venir au cours de yoga, comme cette dame qui voulait juste “perdre son derrière” et qui a fait un parcours magnifique. »

Et comme Éva, qui a su faire éclore ses talents sur le terreau mis à sa disposition. « Grâce à sa grande faiblesse », elle a rencontré son mari, est devenue professeure de yoga, a eu un enfant, a ouvert un institut, a peint et dessiné des centaines de tableaux, croquis, sanguines, pastels et fusains… « Le yoga souffle sur notre talent, comme sur de petites braises. »

 

Pour en savoir plus sur Eva Ruchpaul, découvrez son portrait dans Yoga magazine #15.

Des yoginis seniors au top

Lorsque nous vieillissons, la taille de notre cortex cérébral diminue, ce qui se traduit par un déficit de l’attention et de la mémoire. Et si le yoga permettait de contrer les effets de la vieillesse ? Des chercheurs brésiliens ont mesuré l’épaisseur du cortex de femmes sexagénaires qui pratiquaient le yoga depuis au moins 15 ans. À l’IRM, elles présentaient un cortex plus épais que les femmes n’ayant jamais fait de yoga. Elisa Kozasa, la neurologue qui a dirigé l’étude, note que les asanas, le pranayama, la méditation et même la simple visualisation de postures servent à “éduquer” le cerveau, exactement comme un muscle. Longue vie aux yoginis et à leur cerveau musclé !
Source : www.frontiersin.org

Textes : Suzanne Geurts, Remco de Groot, Clémentine Koenig, Céline Dupuy
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